{"id":370650,"date":"2018-10-09T19:37:14","date_gmt":"2018-10-09T23:37:14","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=370650\/"},"modified":"2018-10-09T21:19:56","modified_gmt":"2018-10-10T01:19:56","slug":"lancement-de-saison-des-grands-ballets-canadiens-lamant-de-lady-chatterley","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/benjamin-goron\/lancement-de-saison-des-grands-ballets-canadiens-lamant-de-lady-chatterley\/","title":{"rendered":"Lancement de saison des Grands Ballets Canadiens &#8211; L&rsquo;amant de Lady Chatterley"},"content":{"rendered":"<p><em>Critique de la repr\u00e9sentation du 5 octobre avec \u00c9line Mal\u00e8gue dans le r\u00f4le de Connie et Rapha\u00ebl Bouchard dans le r\u00f4le de Mellors.<\/em><\/p>\n<p>Les Grands Ballets Canadiens ouvrent leur saison 2018-2019 avec un ballet narratif n\u00e9oclassique, relecture du c\u00e9l\u00e8bre roman de David Herbert Lawrence par la chor\u00e9graphe britannique Cathy Marston.<\/p>\n<p>Mettre en mouvement une \u0153uvre d\u00e9cri\u00e9e pour sa grossi\u00e8ret\u00e9, qui a fait scandale lors de sa sortie, et que son auteur n\u2019a jamais vu para\u00eetre dans son pays de son vivant, est de prime abord un programme ambitieux. Cathy Marston est une habitu\u00e9e des ballets narratifs, ayant grandi dans un environnement litt\u00e9raire o\u00f9 elle puise une grande partie de son inspiration. Elle nous offre \u00e0 voir une \u0153uvre touchante, sensuelle qui ne franchit jamais la barri\u00e8re de la vulgarit\u00e9. Le premier acte s\u2019ouvre sur le travail des ouvriers dans les mines au sortir de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale, et se base ensuite sur une alternance entre des sc\u00e8nes lentes au manoir des Chatterley et des tableaux passionn\u00e9s du duo des amants, Connie et Mellors. Le deuxi\u00e8me acte montre l\u2019encha\u00eenement d\u2019actions qui suit la d\u00e9nonciation par l\u2019ex-femme de Mellors de la liaison secr\u00e8te.<\/p>\n<p>Le choix de la lin\u00e9arit\u00e9 narrative a ses avantages et ses inconv\u00e9nients\u00a0: la compr\u00e9hension du r\u00e9cit et de l\u2019action est claire, les personnages sont ais\u00e9ment identifiables et le caract\u00e8re th\u00e9\u00e2tral de l\u2019\u0153uvre requiert un jeu d\u2019acteurs dont l\u2019usage n\u2019est pas courant au ballet. N\u00e9anmoins, les sc\u00e8nes au manoir sont particuli\u00e8rement lentes et longues, et si cela est voulu afin de marquer l\u2019ennui qui habite le lieu, elles restent \u00e0 mon sens en partie superflues. Le d\u00e9cor de Lorenzo Savoini est sobre, une sc\u00e8ne en pente et des faisceaux de n\u00e9ons pour marquer les perspectives. Ni g\u00eanant, ni g\u00e9nial, il a l\u2019avantage de ne pas \u00e9touffer la sc\u00e8ne d\u2019une narration suppl\u00e9mentaire et d\u2019offrir un cadre neutre et moderne pour laisser les corps \u00e9voluer.<\/p>\n<div id=\"attachment_370655\" style=\"width: 430px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-370655\" class=\"wp-image-370655\" src=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley2.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"589\" srcset=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley2.jpg 685w, https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley2-214x300.jpg 214w, https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley2-600x841.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-370655\" class=\"wp-caption-text\">Photo : Sasha Onyshchenko \/ Kravetz Photographics. Danseurs : Rapha\u00ebl Bouchard et \u00c9line Mal\u00e8gue<\/p><\/div>\n<p>Pour son premier grand r\u00f4le, \u00c9line Mal\u00e8gue incarne un personnage complexe, prisonnier de sa situation, entre bonne \u00e9pouse et amante sensuelle, m\u00e8re en manque de tendresse et jeune femme d\u00e9chir\u00e9e par le d\u00e9part de son amant. \u00c9line rel\u00e8ve ce d\u00e9fi avec une belle assurance. L\u2019\u00e9pouse sur pointes est rang\u00e9e, d\u00e9tach\u00e9e tandis que l\u2019amante est \u00e9mancip\u00e9e, lib\u00e9r\u00e9e tout en conservant une part de sa nature premi\u00e8re. Cette ambivalence tend \u00e0 se dissiper dans le deuxi\u00e8me acte pour r\u00e9v\u00e9ler une nature plus complexe, l\u2019\u00e9pouse et l\u2019amante laissant place \u00e0 la femme, plus humaine dans ses forces comme dans sa fragilit\u00e9. Les duos avec Rapha\u00ebl Bouchard sont sublimes, tant dans la chor\u00e9graphie que dans l\u2019interpr\u00e9tation. Sur fond de Scriabine et de post-romantisme passionn\u00e9, \u00c9line et Rapha\u00ebl s\u2019unissent dans des sc\u00e8nes sensuelles d\u2019un \u00e9rotisme po\u00e9tique et langoureux, avec une intensit\u00e9 grandissante au fil du premier acte, couronn\u00e9es d\u2019un orgasme photographique presque en l\u00e9vitation\u2026 les deux complices nous offrent ici des duos d\u2019une beaut\u00e9 enflamm\u00e9e. Par ailleurs, Rapha\u00ebl Bouchard offre un Mellors tout \u00e0 fait \u00e0 la hauteur du personnage, alliance des contraires, \u00e0 la fois brut et tendre, sauvage et affectueux.<\/p>\n<p>Bertha, incarn\u00e9e par Vanesa Garcia-Ribala Montoya, est excellente dans son r\u00f4le d\u2019ex-femme tentatrice et aguicheuse, tant dans la gestuelle que dans les regards. Alessio Scognamiglio et Emma Garau Cima sont \u00e9galement tr\u00e8s convaincants en Michaelis et Hilda. Dans sa tentative d\u2019emp\u00eacher le retour de Connie avec Mellors, Emma Garau Cima a des allures de F\u00e9e Clochette, sautillant d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre avec une capricieuse l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. La liaison entre la gouvernante (Sahra Maira) et Clifford Chatterley (Dane Holland) est int\u00e9ressante par le parall\u00e8le qu\u2019elle offre avec la liaison amoureuse entre Connie et Mellors\u00a0; toutefois, le personnage de Clifford aurait m\u00e9rit\u00e9 une meilleure lecture de la part de la chor\u00e9graphe. Avec un personnage en fauteuil roulant dans un ballet, on pense \u00e0 la privation de la libert\u00e9 artistique, \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019exprimer, une sorte de n\u00e9ant artistique, symbole \u00e0 la fois fort et fascinant, mais la lecture qu\u2019en fait Cathy Marston passe cela sous silence pour nous offrir deux sc\u00e8nes assez passables, l\u2019une o\u00f9 l\u2019on d\u00e9shabille Clifford pendant cinq longues minutes et l\u2019autre, \u00e9vocation de la col\u00e8re du Lord qui tient plus d\u2019une d\u00e9monstration absurde de virtuosit\u00e9 en chaise roulante que d\u2019une crise de col\u00e8re. Sur une note plus positive, le corps de ballet est utilis\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s efficace par la chor\u00e9graphe. Dressant initialement le d\u00e9cor du ballet avec mineurs et soldats, il devient plus loin une m\u00e9taphore onirique de la passion charnelle des amants. Les danseurs du corps de ballet se distinguent par leur redoutable technique, leur gr\u00e2ce subtile et le parfait synchronisme de leurs mouvements.<\/p>\n<div id=\"attachment_370651\" style=\"width: 403px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-370651\" class=\"wp-image-370651\" src=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley-3.jpg\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"551\" srcset=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley-3.jpg 685w, https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley-3-214x300.jpg 214w, https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Amant-Lady-Chatterley-3-600x841.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-370651\" class=\"wp-caption-text\">Photo : Sasha Onyshchenko \/ Kravetz Photographics. Danseurs : Rapha\u00ebl Bouchard et \u00c9line Mal\u00e8gue.<\/p><\/div>\n<p>La musique originale de Philip Feeney est magnifiquement \u00e9crite et orchestr\u00e9e. Elle opte \u00e9galement pour un soutien narratif, par l\u2019utilisation de leitmotifs et de styles radicalement diff\u00e9rents selon les sc\u00e8nes. Ainsi les mineurs sont repr\u00e9sent\u00e9s par des ambiances m\u00e9caniques o\u00f9 une percussion m\u00e9tallique imite le bruit des pics\u00a0; la lenteur de la vie au manoir est accompagn\u00e9e d\u2019un ostinato au xylophone et d\u2019une musique \u00e0 mi-chemin entre <em>Drumming<\/em> de Steve Reich et la trame sonore de <em>Twinpeaks<\/em> de Badalamenti\u00a0; les \u00e9bats des amants r\u00e9sonnent au son du post-romantisme orchestral et pianistique \u2013 notamment des arrangements de la musique de Scriabine, tandis que la grossesse de Connie donne lieu \u00e0 une m\u00e9lodie atmosph\u00e9rique au piano. Les ambiances se retrouvent ainsi tr\u00e8s marqu\u00e9es, tr\u00e8s identifi\u00e9es, distinctes, et l\u00e0 encore, si l\u2019on gagne en clart\u00e9 et en compr\u00e9hension, on tombe malheureusement parfois dans le clich\u00e9 et l\u2019on souffre d\u2019un certain manque d\u2019unit\u00e9 musicale.<\/p>\n<p>Pour sa deuxi\u00e8me apparition avec les Grands Ballets \u2013 apr\u00e8s <em>Casse-Noisette<\/em> l\u2019an dernier, Dina Gilbert peut sortir de cette repr\u00e9sentation la t\u00eate haute. La cheffe est tr\u00e8s claire dans ses indications et guide les nombreux changements de tempo en s\u2019adaptant brillamment au rythme des danseurs. Mis \u00e0 part quelques lignes de Scriabine qui manquaient d\u2019\u00e2me, l\u2019orchestre a sonn\u00e9 de mani\u00e8re \u00e9clatante et a soutenu avec assurance les danseurs. C\u2019est sans doute l\u2019une de ses plus belles prestations de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et ce en d\u00e9pit d\u2019une partition assez complexe variant tempi, styles et couleurs orchestrales.<\/p>\n<p>Si le titre est ax\u00e9 sur le personnage masculin, le ballet de Cathy Marston<em> L\u2019Amant de Lady Chatterley<\/em> nous offre une lecture f\u00e9minine du roman de D.\u00a0H.\u00a0Lawrence, entre lib\u00e9ration sexuelle et mise en lumi\u00e8re de la maternit\u00e9. S\u2019il p\u00e8che par certaines longueurs et passages o\u00f9 le corps se retrouve prisonnier de la narration, il offre une magnifique lecture de la passion charnelle unissant les deux amants et prend substance gr\u00e2ce \u00e0 la performance impeccable des danseuses et danseurs des Grands Ballets, ainsi que gr\u00e2ce \u00e0 la prestation solide et rigoureuse de l\u2019Orchestre des Grands Ballets dirig\u00e9 par Dina Gilbert. <em>L\u2019Amant de Lady Chatterley<\/em> est encore \u00e0 l\u2019affiche les 11, 12 et 13 octobre prochains \u00e0 la salle Wilfrid-Pelletier.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.grandsballets.com\">www.grandsballets.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique de la repr\u00e9sentation du 5 octobre avec \u00c9line Mal\u00e8gue dans le r\u00f4le de Connie et Rapha\u00ebl Bouchard dans le r\u00f4le de Mellors. 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