{"id":370294,"date":"2018-10-04T12:02:07","date_gmt":"2018-10-04T16:02:07","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=370294\/"},"modified":"2018-10-05T11:16:58","modified_gmt":"2018-10-05T15:16:58","slug":"le-chemin-de-la-tolerance-claude-poissant-discute-de-bonjour-la-bonjour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/olivier-dumas\/le-chemin-de-la-tolerance-claude-poissant-discute-de-bonjour-la-bonjour\/","title":{"rendered":"Le chemin de la tol\u00e9rance : Claude Poissant discute de Bonjour, l\u00e0, bonjour"},"content":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ateurs aux sensibilit\u00e9s proches, Claude Poissant et Michel Tremblay se rencontrent enfin autour d\u2019un nouveau <em>Bonjour, l\u00e0, bonjour<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c9tonnamment, alors que tous deux affectionnent les rebelles et les \u00eatres en marge du syst\u00e8me, c\u2019est la premi\u00e8re fois que Claude Poissant s\u2019attaque v\u00e9ritablement \u00e0 l\u2019auteur d\u2019<em>Hosanna<\/em>. Or, pour l\u2019actuel directeur artistique du Th\u00e9\u00e2tre Denise-Pelletier, reconnu pour ses nombreuses incursions r\u00e9ussies dans la dramaturgie contemporaine qu\u00e9b\u00e9coise (<em>La D\u00e9position<\/em> d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Pedneault, de nombreux textes de Larry Tremblay, <em>Tom \u00e0 la ferme<\/em> de Michel Marc Bouchard, <em>Bienveillance <\/em>de Fanny Britt), cette union artistique allait de soi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avant <em>Bonjour<\/em>, j\u2019avais touch\u00e9 \u00e0 du Tremblay au niveau amateur et une autre fois dans le collectif <em>Les Huit P\u00e9ch\u00e9s capitaux<\/em> au P\u00c0P (compagnie qu\u2019il a cofond\u00e9e)\u00a0\u00bb, explique au bout du fil l\u2019orchestrateur de la nouvelle production, quelques minutes avant une r\u00e9p\u00e9tition matinale. Pourtant, son admiration pour l\u2019une des plumes les plus reconnues ici et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger l\u2019accompagne depuis fort longtemps. \u00ab\u00a0J\u2019ai eu la chance de voir la cr\u00e9ation de <em>Bonjour<\/em> en 1974 par Andr\u00e9 Brassard (avec notamment parmi la distribution Denise Pelletier). J\u2019\u00e9tais un tout jeune ado en qu\u00eate de sens. J\u2019ai plong\u00e9 t\u00eate premi\u00e8re dans cet univers. J\u2019avais connu Tremblay plus t\u00f4t avec <em>Les Belles-S\u0153urs<\/em>, <em>\u00c0 toi, pour toujours, ta Mari-Lou<\/em>\u2026 Je dirais que <em>Bonjour, l\u00e0, bonjour<\/em> est ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e (tout comme pour le dramaturge lui-m\u00eame), m\u00eame si ce n\u2019est pas la plus connue ou la plus accessible. J\u2019ai vu toutes (ou presque) les diff\u00e9rentes versions pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Montr\u00e9al. Je me suis dit qu\u2019un jour, je la monterais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1974, l\u2019\u0153uvre sc\u00e9nique avait alors beaucoup d\u00e9rang\u00e9. Elle expose une famille dont le seul fils, Serge, revient au pays apr\u00e8s un s\u00e9jour de trois mois en France. Ce dernier retrouve sa famille dysfonctionnelle (une r\u00e9currence chez Tremblay)\u00a0: son p\u00e8re atteint de surdit\u00e9 qui habite avec ses deux tantes hypocondriaques, ses quatre s\u0153urs pour lesquelles il est un objet de convoitise. Il aime l\u2019une d\u2019elles, Nicole, et veut vivre au grand jour sa passion. L\u2019histoire s\u2019inscrit parfaitement dans l\u2019esprit de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise de la R\u00e9volution tranquille et des ambivalences d\u2019un peuple qui cherche \u00e0 s\u2019affranchir sans toutefois aller jusqu\u2019au bout de ses ambitions. La revue embl\u00e9matique de la contre-culture <em>Mainmise<\/em> (1970-1978) avait louang\u00e9 la production\u00a0: \u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois, la marginalit\u00e9 est non seulement assum\u00e9e par celui qui la vit, elle est approuv\u00e9e et admise par le seul personnage susceptible de la condamner\u00a0: le p\u00e8re1\u00a0\u00bb. Pr\u00e8s de 45 ans plus tard, le fait d\u2019assumer une position contestataire tout en s\u2019occupant du bien-\u00eatre de ses proches r\u00e9sonne tout aussi fort. \u00ab\u00a0Pourquoi j\u2019aime tant \u00e7a\u00a0? J\u2019ai une affection profonde pour <em>Bonjour<\/em> qui est apparu \u00e0 un moment charni\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise, entre la crise d\u2019octobre de 1970 et l\u2019\u00e9lection du premier gouvernement du Parti qu\u00e9b\u00e9cois en 1976.\u00a0\u00bb Le personnage de Serge (incarn\u00e9 ici par Francis Ducharme) symbolise cette qu\u00eate identitaire. \u00ab\u00a0C\u2019est la premi\u00e8re fois dans une pi\u00e8ce de Tremblay qu\u2019une personne prend l\u2019initiative de sortir du Qu\u00e9bec pour se r\u00e9aliser\u00a0\u00bb, dit Poissant.<\/p>\n<p>La distribution donnera l\u2019occasion \u00e0 de jeunes interpr\u00e8tes de s\u2019initier au verbe de Tremblay. Nous assisterons \u00e0 des retrouvailles avec Gilles Renaud (Armand, le p\u00e8re), l\u2019acteur embl\u00e9matique de l\u2019auteur avec Rita Lafontaine. \u00ab\u00a0Myl\u00e8ne Mackay (Nicole) et Francis Ducharme disent pour la premi\u00e8re fois sur sc\u00e8ne<em> to\u00e9<\/em> ou <em>mo\u00e9<\/em>. Ils n\u2019ont jamais travaill\u00e9 cette langue joualisante. C\u2019est toute une surprise d\u2019entendre ces mots dans des bouches contemporaines.\u00a0\u00bb La distribution comprend \u00e9galement Annette Garant et Diane Lavall\u00e9e dans les r\u00f4les des tantes Charlotte et Gilberte, en plus de Sandrine Bisson (Lucienne), Mireille Brullemans (Monique) et Genevi\u00e8ve Schmidt (Denise) dans les r\u00f4les des trois autres s\u0153urs. Selon Claude Poissant, la r\u00e9alit\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9rangeante\u00a0\u00bb du couple fr\u00e8re-s\u0153ur nous interpelle sur notre degr\u00e9 d\u2019acceptation de la diff\u00e9rence. Le r\u00e9cit s\u2019articule \u00ab\u00a0autour de la difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019assumer dans sa famille, mais aussi dans la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 encore tr\u00e8s taboue, empreinte de pr\u00e9jug\u00e9s. Tremblay nous met au d\u00e9fi de s\u2019attacher \u00e0 des personnages oscillant sans cesse entre la fragilit\u00e9 et la manipulation. Nicole et Serge font un geste. Nous nous demandons parfois s\u2019ils sont r\u00e9ellement amoureux. J\u2019y vois un appel \u00e0 l\u2019extr\u00eame tol\u00e9rance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Face \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s o\u00f9 se conjuguent ambigu\u00eft\u00e9 sexuelle et questions de moralit\u00e9, Claude Poissant constate une sorte de #MoiAussi invers\u00e9. \u00ab\u00a0Les trois s\u0153urs sont jalouses de Nicole et de sa relation avec leur fr\u00e8re.\u00a0\u00bb Avec l\u2019\u00e9volution du regard sur l\u2019intrigue, le metteur en sc\u00e8ne per\u00e7oit m\u00eame une similitude avec certaines relations fraternelles pr\u00e9sentes chez R\u00e9jean Ducharme. \u00ab\u00a0La complicit\u00e9 du couple et leur joie d\u2019\u00eatre ensemble \u00e9taient moins pr\u00e9sentes dans les relectures pr\u00e9c\u00e9dentes o\u00f9 les deux paraissaient plus g\u00ean\u00e9s. J\u2019ai voulu ramener le lien entre eux \u00e0 quelque chose de plus concret, de plus anim\u00e9.\u00a0\u00bb Doit-on pour autant s\u2019attendre \u00e0 un d\u00e9nouement plus heureux\u00a0? \u00ab\u00a0Myst\u00e8re, mais \u00e7a ne finit pas dans le gros party.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Autre diff\u00e9rence d\u2019avec les r\u00e9alisations th\u00e9\u00e2trales des ann\u00e9es 1960-1970 du cycle des <em>Belles-S\u0153urs<\/em>, la figure paternelle de <em>Bonjour, l\u00e0, bonjour<\/em> rompt avec les hommes d\u00e9truits d\u2019<em>En pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es<\/em> ou de <em>Mari-Lou<\/em>. \u00ab\u00a0Armand est un p\u00e8re intelligent qui reconna\u00eet son fils et qui aime sa famille.\u00a0\u00bb Une telle preuve d\u2019amour s\u2019harmonise \u00e0 ses yeux au message humaniste de l\u2019\u00e9crivain. \u00ab\u00a0Tremblay a pass\u00e9 sa vie \u00e0 revendiquer une plus grande libert\u00e9 et \u00e0 tenter de d\u00e9truire les pr\u00e9jug\u00e9s. Son appel \u00e0 l\u2019ouverture me semble plus n\u00e9cessaire que jamais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>1 <em>Mainmise<\/em>, novembre 1974, \u00ab\u00a0Lorsque la marginalit\u00e9 d\u00e9bouche sur l\u2019\u00c9ternel retour\u2026\u00bb, p.60.<\/p>\n<p>Bonjour, l\u00e0, bonjour<em>sera pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Denise-Pelletier du 7 novembre au 5 d\u00e9cembre. <\/em><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.denise-pelletier.qc.ca\"><em>www.denise-pelletier.qc.ca<\/em><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ateurs aux sensibilit\u00e9s proches, Claude Poissant et Michel Tremblay se rencontrent enfin autour d\u2019un nouveau Bonjour, l\u00e0, bonjour. \u00c9tonnamment, alors que tous deux affectionnent les rebelles et les \u00eatres en marge du syst\u00e8me, c\u2019est la premi\u00e8re fois que Claude Poissant s\u2019attaque v\u00e9ritablement \u00e0 l\u2019auteur d\u2019Hosanna. 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