{"id":350015,"date":"2017-10-11T14:35:09","date_gmt":"2017-10-11T18:35:09","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=350015\/"},"modified":"2017-10-13T21:58:25","modified_gmt":"2017-10-14T01:58:25","slug":"magda-olivero-la-verissima-2e-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/denis-robert\/magda-olivero-la-verissima-2e-partie\/","title":{"rendered":"Magda Olivero \u2013 La Verissima \u2013 2e partie"},"content":{"rendered":"<blockquote class=\"modern-quote full\"><p>\u00ab Avoir eu l\u2019honneur de pr\u00e9senter cette grande dame a \u00e9t\u00e9 un des plaisirs m\u00e9morables de mes ann\u00e9es pass\u00e9es au Metropolitan. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><cite>\u2013 M. Chapin<\/cite><\/p>\n<p>Suite \u00e0 mon premier article sur Magda Olivero, j\u2019aimerais maintenant raconter mon aventure \u00e0 travers les diverses \u00e9tapes qui m\u2019ont permis de mieux comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne Olivero. Apr\u00e8s avoir enregistr\u00e9 la repr\u00e9sentation d\u2019<em>Adriana Lecouvreur<\/em> \u00e0 Hartford en 1969, s\u00e9duit, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de donner suite \u00e0 mon id\u00e9e d\u2019enregistrer et d\u2019archiver toutes ses prestations. Je l\u2019ai donc rejointe \u00e0 Dallas o\u00f9 elle chantait Fedora dans l\u2019op\u00e9ra du m\u00eame nom de Giordano. Un second enregistrement s\u2019ajoutait \u00e0 ma liste d\u2019op\u00e9ras qui n\u2019allait pas tarder \u00e0 augmenter car j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9, apr\u00e8s Dallas, de poursuivre mon projet en Italie. Je prends le m\u00eame avion qu\u2019elle en direction de Milan. Arriv\u00e9s \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Malpensa, elle m\u2019invite \u00e0 monter \u00e0 bord de la voiture de son mari, Aldo Busch, un ing\u00e9nieur d\u2019origine suisse. Une agr\u00e9able amiti\u00e9 s\u2019installe entre nous; je serai dor\u00e9navant son invit\u00e9 \u00e0 tous les op\u00e9ras auxquels elle participera. J\u2019\u00e9tais devenu, davantage que son groupie, son collaborateur et presque son confident.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 1969 \u00e0 Livourne, j\u2019assiste \u00e0 un second <em>Adriana,<\/em> puis <em>I Quatro Rusteghi<\/em> de Wolf Ferrari au Teatro Nuovo de Turin. En janvier 1970, c\u2019est l\u2019<em>Iris<\/em> de Mascagni \u00e0 Piacenza et <em>La Voix humaine<\/em> de Poulenc chant\u00e9e en italien: <em>La Voce umana,<\/em> au Teatro Regio de Parme. En mai, au Maggio Musicale Fiorentino, elle accepte une proposition plut\u00f4t inhabituelle: le triple r\u00f4le d\u2019une cartomancienne, d\u2019une chiromancienne et d\u2019une astrologue dans un op\u00e9ra d\u2019Henri Sauguet: <em>La Voyante<\/em>. Ce sera la premi\u00e8re fois que Magda chante un op\u00e9ra complet en fran\u00e7ais. Henri Sauguet, qui dirigeait, \u00e9crira \u00e0 Magda: \u00ab Merci mille fois et bravo de tout c\u0153ur. Votre auteur et admirateur reconnaissant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e en juin 1970 \u00e0 Amsterdam, les choses se sont un peu cors\u00e9es lors d\u2019une repr\u00e9sentation, en version concert, de <em>Medea<\/em> de Cherubini au Concertgebouw. Magda avait obtenu pour moi un tr\u00e8s bon si\u00e8ge au centre de la premi\u00e8re rang\u00e9e de la mezzanine. Confiant, j\u2019installe donc les 2 microphones sur la balustrade. On ne pouvait gu\u00e8re \u00eatre mieux plac\u00e9 pour enregistrer. Jusque-l\u00e0 tout se d\u00e9roule sans probl\u00e8me. Magda vient de triompher dans <em>Medea<\/em>, un des r\u00f4les les plus complexes du r\u00e9pertoire. L\u2019op\u00e9ra termin\u00e9, en rangeant mon mat\u00e9riel, je me fais taper discr\u00e8tement sur l\u2019\u00e9paule par un agent de s\u00e9curit\u00e9 qui me demande poliment de lui remettre les bobines de l\u2019enregistrement que je viens de faire. J\u2019acquiesce \u00e0 sa demande\u2026si j\u2019ose dire. Apr\u00e8s avoir fouill\u00e9 dans mon sac de rangement, je me redresse et lui donne 2 bobines vierges. Il repart satisfait. La <em>Medea<\/em> d\u2019Amsterdam est sauv\u00e9e.<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re aventure et non la moindre: ses d\u00e9buts au Metropolitan Opera de New York dans le r\u00f4le de Tosca. Le fait que Magda n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e auparavant \u00e0 chanter au Met \u00e9tait selon les amateurs d\u2019op\u00e9ra une omission impardonnable. Pour la direction du Met, Olivero \u00e9tait une \u00ab has been\u00a0\u00bb, une cantatrice des ann\u00e9es 30. L\u2019honneur revient \u00e0 Marilyn Horne d\u2019avoir approch\u00e9 Schuyler Chapin, alors directeur g\u00e9n\u00e9ral du Met. Apr\u00e8s avoir vu Olivero dans <em>Tosca<\/em> \u00e0 Dallas, Marilyn Horne, boulevers\u00e9e, s\u2019empresse de faire part de ce qu\u2019elle a v\u00e9cu \u00e0 Chapin. \u00ab Qui, Magda Olivero? \u00bb lui r\u00e9pond Chapin. \u00ab Mais elle doit avoir 65 ans pass\u00e9s. Comment peut-elle possiblement chanter et jouer Tosca? \u00bb Apr\u00e8s que Marilyn Horne eut d\u00e9fendu son point par une analyse d\u00e9taill\u00e9e du style et de la technique d\u2019Olivero, il fut d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019engager pour trois repr\u00e9sentations. Les d\u00e9buts de Magda dans <em>Tosca<\/em> auront lieu le 3 avril 1975. Et M. Chapin d\u2019\u00e9crire: \u00ab Avoir eu l\u2019honneur de pr\u00e9senter cette grande dame a \u00e9t\u00e9 un des plaisirs m\u00e9morables de mes ann\u00e9es pass\u00e9es au Metropolitan. \u00bb<\/p>\n<p>La salle \u00e9tait archicomble, le tout New York \u00e9tait pr\u00e9sent: les fans, les critiques, les stars comme Zinka Milanov, Regina Resnik, Evelyn Lear, mais aussi des vedettes venues par curiosit\u00e9 et ne tenant pas \u00e0 \u00eatre reconnues.<\/p>\n<p>Le rideau du 1<sup>er<\/sup> acte se l\u00e8ve sur la chapelle des Attavanti et apr\u00e8s son \u00ab\u00a0<em>Mario, Mario, Mario\u00a0\u00bb <\/em>en coulisse, Tosca appara\u00eet, accueillie par les cris et les applaudissements nourris de l\u2019auditoire. Elle est rac\u00e9e, fi\u00e8re et sans \u00e2ge. La voix \u00e9tait bonne et r\u00e9sonnait admirablement bien dans cette immense salle de 4000 places.<\/p>\n<p>Au 2<sup>e<\/sup> acte, Tosca, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e sur le canap\u00e9 par Scarpia, allong\u00e9e, la t\u00eate renvers\u00e9e, commence \u00e0 chanter son seul grand air de l\u2019op\u00e9ra, <em>Vissi d\u2019arte<\/em>. Olivero va terminer cette pri\u00e8re en demandant au Seigneur pourquoi on la traite ainsi. D\u2019une voix \u00e0 la fois implorante et puissante, elle lance un \u00ab <em>cos\u00ec \u00bb <\/em>final qui enflamme la salle. La foule est debout, en d\u00e9lire. Devant ce d\u00e9cha\u00eenement qui semble ne pas vouloir s\u2019apaiser, Magda, qui ne s\u2019attendait \u00e0 une telle fr\u00e9n\u00e9sie, reste immobile, surprise et manifestement \u00e9mue. Une ovation record dans l\u2019histoire du Met, 22 minutes bien compt\u00e9es, presque autant que les 30 minutes d\u2019ovation \u00e0 la fin du 3<sup>e<\/sup> acte.<\/p>\n<p>Elle me raconta par la suite la situation irr\u00e9elle dans laquelle elle s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e. Apr\u00e8s le <em>Vissi d\u2019arte,<\/em> ne sachant pas quand les applaudissements allaient se terminer, la coutume voulant que l\u2019artiste garde sa position, elle n\u2019osait pas bouger car \u00e0 tout moment l\u2019orchestre pouvait reprendre. Et le 2<sup>e <\/sup>acte \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9. \u00c0 l\u2019entracte, un auditoire, enfi\u00e9vr\u00e9 et euphorique, se demandait s\u2019il avait vraiment v\u00e9cu ces moments aussi intenses que fabuleux, une soir\u00e9e unique dans l\u2019histoire de l\u2019op\u00e9ra. Et Walter Legge &#8211; producteur de presque tous les enregistrements de Maria Callas et mari d\u2019Elisabeth Schwarzkopf &#8211; de dire: \u00ab Je n\u2019ai plus aucun doute, c\u2019est la Duse<sup>1<\/sup> de l\u2019op\u00e9ra.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div id=\"attachment_350018\" style=\"width: 284px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Tosca-Met-1975-Copy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-350018\" class=\"size-medium wp-image-350018\" src=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Tosca-Met-1975-Copy-274x300.jpg\" alt=\"\" width=\"274\" height=\"300\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-350018\" class=\"wp-caption-text\">Tosca, New York 1975<\/p><\/div>\n<p>Au 3<sup>e<\/sup> acte, lorsque Tosca et Mario, enfin libres, s\u2019appr\u00eatent \u00e0 fuir, elle lui dit qu\u2019elle a tu\u00e9 Scarpia, \u00ab <em>Io quella lama gli piantail nel cor \u00bb <\/em>(\u00ab\u00a0je lui ai plant\u00e9 cette lame dans le c\u0153ur.\u00a0\u00bb) Un moment \u00e9prouvant pour la voix, car la soprano doit soutenir un contre-do expos\u00e9 sur \u00ab <em>lama \u00bb <\/em>et imm\u00e9diatement plonger dans son registre le plus grave pour terminer sur<em> \u00ab nel cor \u00bb.<\/em> Les f\u00e9rus d\u2019op\u00e9ra, connaissant l\u2019angoisse des sopranos \u00e0 l\u2019approche de ce passage p\u00e9rilleux, attendent la phrase maudite. Et Olivero de lancer cette phrase assassine avec une telle assurance et une telle force que, dans toute la salle, on croit ressentir toute la puissance de l\u2019acier p\u00e9n\u00e9trer jusque dans les profondeurs du c\u0153ur. Apr\u00e8s que Tosca se soit jet\u00e9e par-dessus le parapet du Castel Sant\u2019Angelo, le rideau tombe sur le dernier acte. La foule ne cesse de r\u00e9clamer Magda: 32 rappels qui dureront une demi-heure, un record dans les annales du Met. Le critique newyorkais Harold C. Schonberg a \u00e9crit: \u00ab By the yells and screams of the opera buffs, one would have thought that a combination of Tebaldi and Callas was making her debut. \u00bb<\/p>\n<p>Suite \u00e0 cet immense succ\u00e8s, en 1979 le Met propose \u00e0 Magda Olivero, \u00e2g\u00e9e de 69 ans, d\u2019entreprendre avec Luciano Pavarotti une tourn\u00e9e de 7 repr\u00e9sentations de <em>Tosca<\/em> organis\u00e9e par le Metropolitan Opera \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis. Ces <em>Tosca<\/em> seront les derni\u00e8res pour Magda et Pavarotti aura \u00e9t\u00e9 son ultime Cavaradossi.<\/p>\n<p>En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette Tosca du Met, je vais tenter d\u2019expliquer d\u2019o\u00f9 vient cette passion que d\u00e9cha\u00eenait chacune des repr\u00e9sentations de Magda Olivero. Je pourrais toujours invoquer la flexibilit\u00e9 de sa voix, son superbe phras\u00e9, sa parfaite diction, son legato impeccable, son instinct dramatique\u2026 Mais quoi d\u2019autre? Elle admettait que sa voix n\u2019\u00e9tait pas belle au sens de beaut\u00e9 pure, mais qu\u2019elle \u00e9tait du moins expressive et disciplin\u00e9e. Et Magda d\u2019expliquer; dans son fran\u00e7ais \u00e0 elle: \u00ab La voix n\u2019est que 40 pour cent d\u2019une performance d\u2019op\u00e9ra, l\u2019autre 60 pour cent se compose d\u2019innombrables intangibles. Quand je chante, je ne pense pas \u00e0 chanter, mais seulement au personnage et \u00e0 vivre la sc\u00e8ne. Bien s\u00fbr, pour faire cela, on a besoin d\u2019une technique vocale \u00e0 toute \u00e9preuve, autrement c\u2019est impossible. Il ne faut jamais se dire \u00ab oh l\u00e0 \u00bb, maintenant je dois me pr\u00e9parer pour atteindre cette haute note. Non, non, la voix doit \u00eatre automatiquement l\u00e0 avant m\u00eame de s\u2019aventurer \u00e0 interpr\u00e9ter ce que le compositeur demande. La technique doit toujours \u00eatre au service du personnage et dispara\u00eetre compl\u00e8tement devant la situation dramatique. L\u00e0 o\u00f9 je sens vraiment ma pleine mesure sur sc\u00e8ne, c\u2019est en jouant plus qu\u2019en chantant. Durant mes ann\u00e9es de formation, la Duse a eu beaucoup d\u2019influence sur moi, j\u2019ai tout lu sur elle, examin\u00e9 ses photos et sp\u00e9cialement \u00e9tudi\u00e9 la gestuelle de ses mains, car pour moi, apr\u00e8s la voix, ce sont les mains qui expriment le mieux les \u00e9motions. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui ai demand\u00e9 comment elle se pr\u00e9parait lorsqu\u2019elle abordait un nouveau r\u00f4le. \u00ab D\u2019abord, je commence par \u00e9tudier le personnage dans son contexte social et environnemental. Puis j\u2019essaie de comprendre la personnalit\u00e9 de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans sa vie, car c\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent et souvent \u00e9tranger \u00e0 ma propre r\u00e9alit\u00e9. Durant tout le mois de pr\u00e9paration, je me sens comme malade, un malaise qui m\u2019accompagne jour et nuit. Pendant la journ\u00e9e, j\u2019apprends le texte et la musique; durant la nuit, mon subconscient prend la rel\u00e8ve et assimile le personnage. Et puis un bon matin, je me r\u00e9veille et dit \u00ab <em>buon giorno \u00bb <\/em>\u00e0 la nouvelle personne qui dor\u00e9navant habite en moi. Le jour de la repr\u00e9sentation, je ne suis plus vraiment moi-m\u00eame. Je me rends au th\u00e9\u00e2tre plusieurs heures avant le lever du rideau et je profite de ces moments paisibles pour m\u2019unir \u00e0 cette personne \u00e0 qui je vais donner vie. Juste au moment d\u2019entrer en sc\u00e8ne, quand l\u2019orchestre commence \u00e0 jouer, il y a une esp\u00e8ce d\u2019\u00e9nergie subtile qui m\u2019envahit. Je suis comme en transe, il n\u2019y a plus de Magda Olivero, plus de technique. Tout ce qui reste, c\u2019est la musique et le personnage. Les joies, les peines, les souffrances et tr\u00e8s souvent la mort deviennent des exp\u00e9riences extraordinaires. Quand Adriana, Manon, Violetta, Cio-Cio San meurent, je meurs aussi et je puis dire qu\u2019apr\u00e8s \u00eatre morte si souvent d\u2019empoisonnement, d\u2019ext\u00e9nuation, de maladie, de suicide, je sais ce que c\u2019est que mourir. C\u2019est certainement la raison pour laquelle apr\u00e8s une repr\u00e9sentation, je suis comme une convalescente et dans les jours qui suivent, lentement, je redeviens de nouveau moi-m\u00eame. C\u2019est une v\u00e9ritable r\u00e9surrection dont je sors enrichie. Et voil\u00e0 pourquoi je chante encore.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme on l\u2019a vu, Magda Olivero a commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 chanter; c\u2019\u00e9tait en elle, elle avait une voix qui portait, mais quand elle entreprit des \u00e9tudes musicales plus s\u00e9rieuses, ses professeurs lui ont dit qu\u2019avec cette voix, elle n\u2019avait aucune chance de faire carri\u00e8re. Un peu d\u00e9courag\u00e9e mais toujours d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 persister dans cette voie, elle cherche le professeur qui pourra l\u2019aider et trouve chez le maestro Luigi Gerussi le seul qui osa dire le contraire de ses coll\u00e8ges et la prendre comme \u00e9l\u00e8ve. Elle-m\u00eame relate les longues ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 ma\u00eetriser et perfectionner une voix difficile; une voix plut\u00f4t mince dot\u00e9e d\u2019une tessiture \u00e9tendue et d\u2019un vibrato serr\u00e9. Avec l\u2019effort et le temps, la voix prit de la rondeur tout en maintenant son agilit\u00e9, le vibrato acquit de l\u2019ampleur et la tessiture, un maximum d\u2019aisance: un grave dramatique, un m\u00e9dium expressif et un aigu capable d\u2019atteindre le contre-fa.<\/p>\n<p>Enfin pr\u00eate, Magda fera ses d\u00e9buts \u00e0 La Scala \u00e0 23 ans. \u00c0 partir de 1934, c\u2019est tour \u00e0 tour Milan, Rome, Florence, Turin, Palerme, Venise et m\u00eame Berlin qui profiteront de son immense talent d\u2019actrice et de cantatrice. C\u2019est la grande vedette des ann\u00e9es 30 en Italie et l\u2019interpr\u00e8te pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des compositeurs de l\u2019\u00e9cole dite \u00ab verismo \u00bb. En 1939, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 elle fait ses d\u00e9buts dans <em>Adriana<\/em>, elle chantera dans plus de 60 repr\u00e9sentations ajoutant 6 nouveaux r\u00f4les aux 36 d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son r\u00e9pertoire, un total de 42 r\u00f4les appris en seulement 6 ans. Presque autant que Callas et Tebaldi dans toute leur carri\u00e8re. \u00c0 son retour d\u2019une tourn\u00e9e \u00e0 Berlin avec la troupe de l\u2019Op\u00e9ra de Rome, le 19 juin 1941, elle \u00e9pouse l\u2019homme de sa vie et met abruptement fin \u00e0 une prestigieuse carri\u00e8re de presque 10 ans.<\/p>\n<div id=\"attachment_350021\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Concert-Amsterdam-1972-Copy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-350021\" class=\"size-medium wp-image-350021\" src=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Concert-Amsterdam-1972-Copy-300x256.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"256\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-350021\" class=\"wp-caption-text\">Concert, Amsterdam 1972<\/p><\/div>\n<p>Pendant ces ann\u00e9es, Olivero a particip\u00e9 en 1938, au premier enregistrement complet de <em>Turandot<\/em> ; elle chante Li\u00f9 aupr\u00e8s de Gina Cigna en Turandot et de Francesco Merli. En 1940, elle grave 8 disques 78-tours dont: le c\u00e9l\u00e8bre <em>\u00c8 strano!&#8230; A fors\u2019\u00e8 lui\u2026 Follie, follie\u2026 Sempre libera\u2026<\/em> du premier acte de <em>La Traviata<\/em>. Cet enregistrement vaudra \u00e0 Magda Olivero le grand prix de la critique \u00ab Oscar del Disco \u00bb en 1965. Dans un autre concours, organis\u00e9 en 1969 par la revue Discoteca et le c\u00e9l\u00e8bre sp\u00e9cialiste de l\u2019art vocal Rodolfo Celetti, l\u2019objectif \u00e9tait de r\u00e9unir et d\u2019\u00e9couter tous les enregistrements existants de ce grand air de Violetta et de choisir la meilleure interpr\u00e8te. Encore une fois, Olivero remporte la palme. La liste des concurrents incluait de prestigieux noms: Tetrazzini, Capsir, Tebaldi, Callas, Sutherland, Moffo, Scotto, Zeani&#8230;<\/p>\n<p>En 1953, elle retourne en studio pour enregistrer 5 nouveaux 78-tours de grands airs c\u00e9l\u00e8bres dont l\u2019\u00e9mouvant \u00ab <em>Amami Alfredo \u00bb <\/em>du 2<sup>e <\/sup>acte de <em>La Traviata<\/em>; c\u2019est un des airs qu\u2019on lui demandait tr\u00e8s souvent de bisser. Puis il faudra attendre 1969 avant que la Decca lui offre un contrat pour un enregistrement complet de <em>Fedora<\/em> de Giordano et des extraits de<em> Francesca da Rimini<\/em> de Zandonai. En 1993, Magda entre pour la derni\u00e8re fois en studio, pour enregistrer une version abr\u00e9g\u00e9e, avec piano, d\u2019<em>Adriana Lecouvreur<\/em>. De tous les op\u00e9ras qu\u2019elle a le plus souvent chant\u00e9s, <em>Adriana<\/em> et <em>Traviata<\/em> arrivent en t\u00eate, respectivement 114 et 102 repr\u00e9sentations. Si on fait un bilan de tous ses enregistrements, on compte deux op\u00e9ras complets et une vingtaine de 78-tours r\u00e9alis\u00e9s en studio et une \u00e9norme quantit\u00e9 d\u2019enregistrements \u00ab Live \u00bb comprenant une centaine d\u2019op\u00e9ras complets et une quarantaine de concerts et de r\u00e9citals.<\/p>\n<p>En 1996, j\u2019ai voulu offrir \u00e0 Magda et \u00e0 ses admirateurs une anthologie, sous forme de CD, des meilleurs moments de sa carri\u00e8re. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 mes enregistrements faits en salle, mais c\u2019\u00e9tait loin d\u2019\u00eatre complet. Ayant fait part de mon projet \u00e0 Magda, elle m\u2019offrit gracieusement toutes les archives audio qu\u2019elle poss\u00e9dait: de nombreuses radiodiffusions \u00ab live \u00bb faites en Italie par la RAI et d\u2019autres faites en Hollande en collaboration avec le Concertgebouw d\u2019Amsterdam. J\u2019ai pass\u00e9 des milliers d\u2019heures \u00e0 les \u00e9couter et \u00e0 faire le tri en pr\u00e9paration du projet. \u00c0 l\u2019\u00e9coute du premier CD de mon anthologie \u00ab Magda Olivero in Concert \u00bb, sous \u00e9tiquette FanClub, Magda me dit: \u00ab Maintenant, je peux comprendre le pourquoi de ces d\u00e9cha\u00eenements de passion quand je chante. \u00bb C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019elle entendait sa voix reproduite avec une telle qualit\u00e9 et une telle fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p>Pourquoi si peu d\u2019enregistrements studio et tant d\u2019enregistrements \u00ab Live\u00a0\u00bb? D\u2019abord, j\u2019aimerais dire que les enregistrements faits en studio ne rendent pas justice \u00e0 la voix de Magda Olivero car la technique qui lui a permis de chanter au-del\u00e0 de ses imperfections est bas\u00e9e sur une ma\u00eetrise irr\u00e9prochable du souffle soutenu par une forte musculature au niveau du diaphragme et par un judicieux contr\u00f4le des r\u00e9sonances et des harmoniques. Pour enregistrer favorablement la voix d\u2019Olivero et pour que cette voix puisse vraiment s\u2019\u00e9panouir et r\u00e9aliser son plein potentiel, il lui faut l\u2019acoustique d\u2019une salle. Aussi il est imp\u00e9ratif de placer les micros le plus loin possible de la source, comme au milieu de la salle. Si les micros sont trop rapproch\u00e9s, comme c\u2019est le cas dans les studios, la voix ne sera forc\u00e9ment pas \u00e0 son avantage. Je parle d\u2019exp\u00e9rience car, ayant en ma possession la plus importante collection d\u2019enregistrements de Magda Olivero qui soit et \u00e9tant celui qui l\u2019a probablement le plus souvent enregistr\u00e9e, je peux confirmer qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 et analys\u00e9 tous ses enregistrements, ce sont toujours ceux qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en salle qui rendent vraiment justice \u00e0 sa voix. Mais encore l\u00e0, comme elle le disait elle-m\u00eame, la voix n\u2019y est que pour 40 pour cent. Pour r\u00e9ellement vivre l\u2019exp\u00e9rience Olivero et b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019autre 60 pour cent, il fallait la voir sur sc\u00e8ne vivre et nous faire vivre le personnage avec toute l\u2019intensit\u00e9 de son jeu dramatique.<\/p>\n<p>Cette passion pour le chant et le th\u00e9\u00e2tre qu\u2019elle a su partager durant 60 ans de carri\u00e8re, Magda la partagera une derni\u00e8re fois en 2009. Toujours \u00e0 l\u2019\u00e9coute de cette voix int\u00e9rieure qui cette fois lui murmure: \u00ab Tu dois chanter <em>Paolo datemi pace! \u00bb <\/em>de l\u2019op\u00e9ra <em>Francesca da Rimini.<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 99 ans, devant les cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision, elle offe un ultime et \u00e9mouvant t\u00e9moignage d&rsquo;amour et de paix.<\/p>\n<p>Magda Olivero s\u2019est \u00e9teinte \u00e0 Milan, le 8 septembre 2014, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 104 ans.<\/p>\n<blockquote><p><sup>1<\/sup>Eleonora Duse, dite: Duse, une grande com\u00e9dienne italienne, rivale de Sarah Bernhardt<br \/>\nElle est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus grandes<br \/>\nactrices de son temps.<\/p>\n<p>Pour ceux qui seraient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 entendre Magda Olivero dans des airs d&rsquo;op\u00e9ra, tapez sur <a href=\"http:\/\/www.google.ca\">Google<\/a>: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\">YouTube<\/a>, The Magda Olivero Archives, 1969 San Jacopino Concert.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">Lisez la <\/span><a style=\"font-size: 14px;\" href=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/denis-robert\/magda-legende-de-lopera\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">1e partie:\u00a0Magda, l\u00e9gende de l\u2019op\u00e9ra<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"702\" height=\"395\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/pL15SDLT9yc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Avoir eu l\u2019honneur de pr\u00e9senter cette grande dame a \u00e9t\u00e9 un des plaisirs m\u00e9morables de mes ann\u00e9es pass\u00e9es au Metropolitan. \u00bb \u2013 M. Chapin Suite \u00e0 mon premier article sur Magda Olivero, j\u2019aimerais maintenant raconter mon aventure \u00e0 travers les diverses \u00e9tapes qui m\u2019ont permis de mieux comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne Olivero. Apr\u00e8s avoir enregistr\u00e9<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/denis-robert\/magda-olivero-la-verissima-2e-partie\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":3350,"featured_media":350016,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17251,399],"tags":[5816,5402,524],"class_list":{"0":"post-350015","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-musique-vocale","8":"category-opera-fr","9":"tag-giordano","10":"tag-magda","11":"tag-puccini","12":"type-article-fr","13":"volume-volume-23","14":"issue-vol-23-issue-2-fr","15":"section-articles-de-fond"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/350015"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3350"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=350015"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/350015\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/350016"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=350015"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=350015"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=350015"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}