{"id":1039813,"date":"2023-08-02T16:56:30","date_gmt":"2023-08-02T20:56:30","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1039813"},"modified":"2023-08-02T17:14:30","modified_gmt":"2023-08-02T21:14:30","slug":"critique-festival-dopera-de-quebec-du-francais-de-gounod-au-joual-de-tremblay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aapadmin2.myscena.org\/fr\/justin-bernard\/critique-festival-dopera-de-quebec-du-francais-de-gounod-au-joual-de-tremblay\/","title":{"rendered":"Critique | Festival d\u2019op\u00e9ra de Qu\u00e9bec: Du fran\u00e7ais de Gounod au joual de Tremblay"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">Pour sa production de grand r\u00e9pertoire lyrique en langue fran\u00e7aise, le Festival d\u2019op\u00e9ra de Qu\u00e9bec, sous la direction de Jean-Fran\u00e7ois Lapointe, avait choisi <em>Rom\u00e9o et Juliette <\/em>de Charles Gounod. Un op\u00e9ra intemporel quant au th\u00e8me de l\u2019amour impossible et de la rivalit\u00e9 entre deux familles.<\/p>\r\n\r\n<p>La premi\u00e8re avait lieu le 28 juillet, \u00e0 19h30, au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Qu\u00e9bec et \u00e9tait suivi, le lendemain \u00e0 14h, par la cr\u00e9ation de l\u2019op\u00e9ra <em>Messe solennelle pour une pleine lune d\u2019\u00e9t\u00e9 <\/em>de Christian Thomas qui, en comparaison, \u00e9tait certainement plus en phase avec la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise d\u2019aujourd\u2019hui. Compos\u00e9e d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce \u00e9ponyme de Michel Tremblay, cette nouvelle \u0153uvre usait tout naturellement du joual et mettait en sc\u00e8ne 11 personnages, dont 5 couples, avec leurs joies et leurs souffrances, souvent tr\u00e8s crues.<\/p>\r\n<h4><strong><em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> <\/strong><\/h4>\r\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Au fil des ans, l\u2019Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec nous a habitu\u00e9 \u00e0 des d\u00e9cors et des mises en sc\u00e8ne de haut calibre. Ce fut encore le cas cette fois-ci. Le grand mur du fond, qui rappelait l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un appartement luxueux, et la lucarne plac\u00e9e sur le haut du mur lat\u00e9ral offraient un cadre tr\u00e8s propice \u00e0 la fameuse sc\u00e8ne du balcon, d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce originale de Shakespeare. \u00c0 la toute fin de cette sc\u00e8ne du deuxi\u00e8me acte, le mur du fond s\u2019est progressivement lev\u00e9 du sol pour exposer, en un tableau superbe, les premi\u00e8res lueurs du jour. On peut seulement regretter les trop faibles \u00e9clairages sur le personnage de Rom\u00e9o, notamment lors de son air c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Ah! L\u00e8ve-toi, soleil!\u00a0\u00bb. Le contexte nocturne le justifiait peut-\u00eatre, mais il est bon de rappeler que nous aimons l\u2019art lyrique d\u2019abord pour la beaut\u00e9 du chant et pour les sensations qu\u2019il procure. Ainsi, un interpr\u00e8te, quel qu\u2019il soit, doit pouvoir donner pleinement au public l\u2019image d\u2019un h\u00e9ros romantique, et non celle d\u2019un h\u00e9ros taciturne.<\/p>\r\n<p>Autant vocalement que physiquement, Thomas Bettinger est mont\u00e9 en puissance au fur et \u00e0 mesure de la soir\u00e9e. D\u00e8s sa premi\u00e8re apparition, toutefois, il est apparu en retrait par rapport \u00e0 son coll\u00e8gue, le baryton Christophe Gay. Par son aisance sc\u00e9nique, son charisme, ce dernier a montr\u00e9 qu\u2019il avait l\u2019\u00e9toffe de jouer les premiers r\u00f4les, au point de faire de l\u2019ombre \u00e0 Rom\u00e9o. Avec le t\u00e9nor Lo\u00efc F\u00e9lix, il a form\u00e9 un excellent duo d\u2019adversaires Mercutio-Tybalt, symbole de la grande rivalit\u00e9 opposant les Montaigus aux Capulets. H\u00e9l\u00e8ne Carpentier, dans le r\u00f4le de Juliette, a camp\u00e9 un personnage classique de <em>premi\u00e8re dame<\/em> avec certes la gr\u00e2ce et l\u2019\u00e9l\u00e9gance, mais des mouvements de sc\u00e8ne trop bien script\u00e9s qui, par cons\u00e9quent, manquaient de naturel. Parmi les autres membres de la distribution, mentionnons la belle prestation Patrick Bolleire, sous les traits du bienveillant et r\u00e9confortant Fr\u00e8re Laurent. Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019orchestre, Laurent Campellone a dirig\u00e9 les musiciens de l\u2019OSQ d\u2019une main ferme et fait honneur \u00e0 la partition pleine de verve du compositeur.<\/p>\r\n<h4><strong><em>Messe solennelle pour une pleine lune d\u2019\u00e9t\u00e9<\/em><\/strong><\/h4>\r\n<p>La cr\u00e9ation de cet op\u00e9ra \u00e9tait d\u2019abord l\u2019occasion de red\u00e9couvrir une pi\u00e8ce de Michel Tremblay rarement mont\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre. Ce d\u00e9ficit de notori\u00e9t\u00e9 serait-il d\u00fb au propos religieux, au d\u00e9coupage de l\u2019\u0153uvre en plusieurs \u00e9pisodes de messe, \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence de la lune telle une divinit\u00e9 parmi les \u00e9toiles? En tous les cas, l\u2019\u00e9motion a \u00e9t\u00e9 bien rendue par une riche distribution de chanteuses et de chanteurs qu\u00e9b\u00e9cois. Mentionnons la soprano Lyne Fortin, dans le r\u00f4le de La Veuve, qui a livr\u00e9 une interpr\u00e9tation \u00e9poustouflante au moment de raconter ses amours passionn\u00e9s, son \u00ab bonheur perdu \u00bb (Lacrymosa). Mentionnons \u00e9galement le baryton Dominique C\u00f4t\u00e9, sous les traits de Gaston, touchant de sinc\u00e9rit\u00e9 quand il avoue son manque affectif \u00e0 son conjoint Yvon (Confutatis maledictis). Du c\u00f4t\u00e9 de la rel\u00e8ve, on retient le timbre brillant et l\u2019ampleur vocale de Jessica Latouche, en Louise, qui se serait m\u00e9rit\u00e9 un air \u00e0 elle seule.<\/p>\r\n<p>Musicalement, la partition de Christian Thomas a excell\u00e9 dans les passages orchestraux de grande densit\u00e9, y compris l\u2019accompagnement \u00e0 l\u2019orgue lorsque Gaston et Yvon entament un tango de r\u00e9conciliation. En ce qui concerne l\u2019\u00e9criture vocale, le compositeur a sembl\u00e9 suivre davantage le rythme de la langue parl\u00e9 \u00e0 partir du r\u00e9citatif entre Louise et Jeannine (Lux aeterna) et continuer ainsi dans le m\u00eame style jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019\u0153uvre. Celle-ci a gagn\u00e9 en fluidit\u00e9, comparativement \u00e0 la longue exposition du d\u00e9but qui, de surcro\u00eet, nous a fait franchir le point de saturation sonore \u00e0 plusieurs reprises, notamment en raison du ch\u0153ur \u00e0 11 voix.<\/p>\r\n<p>Un dernier mot sur la mise en sc\u00e8ne d\u2019Alain Zouvi, en travail conjoint avec Jean Bard \u00e0 la sc\u00e9nographie et Maud Saint-Germain \u00e0 la chor\u00e9graphie, certes limit\u00e9s par l\u2019espace de l\u2019avant-sc\u00e8ne du Palais Montcalm, mais servant merveilleusement bien le propos par des d\u00e9placements intelligemment faits et une po\u00e9sie des mouvements o\u00f9 chaque chanteur avait sa part \u00e0 jouer. \u00a0\u00a0\u00a0 <strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour sa production de grand r\u00e9pertoire lyrique en langue fran\u00e7aise, le Festival d\u2019op\u00e9ra de Qu\u00e9bec, sous la direction de Jean-Fran\u00e7ois Lapointe, avait choisi Rom\u00e9o et Juliette de Charles Gounod. 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